Test du synthétiseur Moog Subharmonicon

Michel14 janvier 2021

Moog est une marque qui n’a plus rien à prouver. Pourvue d’une réputation mondiale, chaque nouvelle sortie de cette marque est un véritable événement pour les amateurs de musique… Le Subharmonicon n’échappe évidemment pas à la règle. Avouons-le, il aura fait battre notre cœur 2 fois plus vite que la moyenne lors de son annonce durant l'édition 2018 du Moogfest, le festival annuel de musique et de technologie du fabricant. Une poignée de chanceux a même pu participer à un atelier où il était possible de construire son propre Subharmonicon grâce à des kits de construction, et repartir avec son modèle en avant-première. De nombreuses larmes ont coulé chez les amateurs de modulaires, croyez-moi…

Points Forts
  • Un synthétiseur aux sonorités très variés, pouvant générer des sons très doux, des sons très agressifs,percussifs, des sons de l'espace... Il sait tout faire!
  • Une qualité de fabrication exceptionnelle (La fameuse qualité Moog)
  • Le son Moog globalement
  • Un synthétiseur pas comme les autres qui développera votre créativité
  • Un double séquenceur très puissant
  • Les points de patch qui permettent de moduler ses paramètres avec
Points Faibles
  • Une seule enveloppe
  • Un synthétiseur différent qui ne plaira à tout le monde
  • Demande de l'engagement pour en tirer tout son potentiel
Notre avis

Ce modèle apparu il y a un peu plus de deux ans a été révisé et mis en production, après avoir été l'une des sorties publiques les plus demandées de ces dernières années. Mieux encore, ce n'est plus un kit mais une unité prête à l'emploi comme les Moog Mother-32 et DFAM. Comme ses grands frères, il peut être démonté de son boîtier et placé dans un système Eurorack existant, ce qui, étant donné sa baie de patchs de 32 points, est une perspective séduisante.

Une conception soignée

La disposition du Subharmonicon devrait vous sembler assez familière, malgré les nombreux changements qu'il a subis durant sa phase de conception. La qualité de construction est au rendez-vous. Le Subharmonicon respire la solidité et ses nombreux potards, confortables et élégants, sembles durables dans le temps.

Deux VCO (Voltage Control Oscillators) analogiques produisent la source sonore du synthétiseur et sont commutables entre les ondes en dents de scie et les ondes carrées. Dans chaque cas, l'harmonique fondamentale peut être divisée pour offrir deux tonalités sous-harmoniques supplémentaires, qui émettent les mêmes ondes que les VCO. Cependant, un autre réglage permet de commuter l'harmonique fondamentale en une onde carrée, les sous-harmoniques étant redéployées en ondes en dents de scie et le Sub One agissant comme source de modulation de largeur d'impulsion. Dans ce réglage, vous pouvez entendre une multitude de sons harmoniques et créer des effets subtils et surprenants.

Les deux VCO peuvent être accordés. La fréquence principale de chaque VCO est dictée par le grand potard d'accord, tandis que les sous-harmoniques sont réglées indépendamment. Comme chaque VCO offre essentiellement trois éléments tonaux, vous pouvez avoir jusqu'à six tons ou notes joués en même temps, qui peuvent tous être mélangés via le mélangeur, situé au bas de chaque section de VCO.

Il existe également un certain nombre d'options d’accordage, permettant de générer différentes gammes (ex :  chromatiques, diatoniques, etc) . Il n'y a cependant pas d'option de réglage fin entre les deux VCO, sauf dans le mode libre, auquel cas les deux VCO peuvent être réglés sur n'importe quelle hauteur indépendamment. À cet égard, le Subharmonicon fonctionne comme la plupart des VCOs Eurorack, ce qui oblige l'utilisateur à régler les modules avant de jouer.

L'appareil est équipé d'un filtre classique Moog à 4 pôles - 24 dB en échelle - et sa sonorité est exquise. Le filtre est un passe-bas mais la coupure est directement liée à l'une des deux enveloppes, offrant une atténuation positive et négative. Les enveloppes sont d'une conception simpliste de type A/N, bien que lorsqu'elles sont jouées via MIDI, l'attaque augmente jusqu'à un Sustain à grille, le relâchement se produisant une fois la note arrêtée. Ce n'est pas tout à fait de l'ADSR à quatre étages que l’on peut retrouver dans de nombreux synthétiseurs, un parti pris qui surprendra certains utilisateurs habitués à ce type d’enveloppe.

Un synthétiseur polyphonique pas comme les autres

Aussi importante que soit son architecture sonore, nous n’avons évoqué que la moitié des atouts du Subharmonicon. En effet, ce synthétiseur est également armé d’un double séquenceur conçu pour vous faire voyager à travers des rythmiques complèxes !

Le générateur de son du Subharmonicon a donc été marié à deux séquenceurs identiques à quatre pas. Le premier d'entre eux pilote le VCO1 tandis que le second pilote le VCO2. On peut se demander à quel point quatre pas peuvent être utiles, d'autant plus qu'il est impossible de les enchaîner en une séquence de huit pas ou d'utiliser un séquenceur pour moduler l'autre afin d'obtenir une séquence de 16 pas, mais le Subharmonicon est davantage axé sur le rythme que sur la mélodie. Il fonctionne de cette manière.

Chaque séquenceur semble n'offrir rien de plus que quatre petits boutons déclencheurs déclencheurs à deux pôles pour ajuster le CV généré, plus quatre LEDs pour vous indiquer quel pas est actif à un moment donné. Cependant, vous trouverez des boutons dans les sections VCO1 et VCO2 qui déterminent si chaque séquenceur contrôle les hauteurs de la fondamentale de l'oscillateur associé, ou de ses partiels SUB1 ou SUB2, ou toute combinaison de ceux-ci. Si vous n'activez que le bouton OSC, les trois partiels sont affectés de façon conventionnelle et leurs relations restent constantes. Cependant, si vous activez l'un ou l'autre des boutons SUB ou les deux, les valeurs du séquenceur contrôlent l'entier par lequel la fondamentale est divisée pour créer les sous-harmoniques. Comme vous pouvez l'imaginer, ces séquenceurs utilisent les mathématiques pour créer des rythmiques complexes !

Deux autres installations permettent de déterminer les notes générées par les séquenceurs. La première est un commutateur de gamme qui offre trois réglages de ±5 octaves, ±2 octaves et ±1 octave, ce qui limite le décalage maximum généré par les potards de chacun des séquenceurs. Il est possible d'obtenir la plage complète de ±5V à partir des sorties du patchbay tout en limitant les tensions appliquées aux oscillateurs à l'une ou l'autre des plages plus étroites. Cela signifie que les séquenceurs peuvent moduler entièrement les entrées externes 10Vp-p tout en jouant des notes dans une plage plus facilement programmable sur le Subharmonicon lui-même. Le second est un quantificateur. Lorsque celui-ci est utilisé, les sorties des deux oscillateurs (et, en option, les CV générés par les séquenceurs à leurs sorties SEQ1 et SEQ2) peuvent être quantifiées de l'une des quatre façons suivantes : chromatiquement avec des tempéraments justes et égaux, et diatoniquement avec des tempéraments justes et égaux.

Un synthétiseur au format Eurorack

Les choses deviennent encore plus intéressantes lorsque vous placez le Subharmonicon au sein d'un système Eurorack. Nous avons toujours été friands de modules de randomisation, surtout dans ce type d'agencement. Ajoutez cet élément de randomisation à la construction polyrythmique du Subharmonicon et vous obtenez une configuration exceptionnellement créative - créative, du moins, dans le sens où les machines font tout le travail pour vous...

Grâce à la myriade de points de patch du Subharmonicon, il est possible de moduler plusieurs éléments de contrôle. La notion de randomisation n'est peut-être pas au goût de tout le monde, mais ce merveilleux ensemble s'intègre bien aux unités Moog existantes, en particulier le Mother-32 et le DFAM. En créant les bon patchs vous pouvez créer des mélodies infinies et aléatoires (appelées génératives) qui vous permettront que vous pourrez laisser tourner des heures en vous demandant : à ce stade est ce que je joue de mes instruments, ou est ce qu’ils jouent deux même ?

Si vous voulez lier le Subharmonicon avec son grand frère, le Mother 32, ce dernier offre des options de séquençage utiles et plus classiques, et peut fournir un contrepoint mélodique au Subharmonicon, qui est parfaitement équipé pour fournir des fonds de basse simples ou des harmonies riches. Associés au Moog DFAM vous obtenez un setup très intéressant aux possibilités infinies ! En l'associant à des sources de modulation dignes de ce nom, vous ouvrirez certainement les possibilités du Subharmonicon. Mais, même en tant qu'unité autonome, il offre des possibilités, une qualité et un plaisir modulaire immense.

Le Moog Subharmonicon est-il fait pour moi ?

En tant qu'unité autonome, cette boîte à astuces a énormément à offrir. Associée à d'autres modules, son potentiel créatif devient rapidement infini ! Il suffit d'ajouter des sources de modulation pour créer de nouveaux timbres sonores. Ce n'est pas un appareil bon marché, mais si vous prenez en compte l’ensemble des fonctionnalités offertes, le Subharmonicon devient un instrument très abordable et complet qui ravira tout fan de synthétiseurs modulaires.

Une paire de VCOs rutilants, un filtre Moog, un générateur d'horloge et deux séquenceurs à quatre pas constituent les éléments de base du module. Il est possible de retrouver toutes ces fonctionalités en achetant des modules Eurorack séparés et construire votre propre synthétiseur, votre Subharmonicon-like comme disent les jeunes (ou pas). En revanche, vous perdriez le fameux son Moog tout en dépensant le double du prix ! Si vous possédez déjà un DFAM et/ou un Mother-32, vous pouvez y aller les yeux fermés. Leur association ne manquera pas de vous subjuguer !